Bruxelles Capitale de l'Europe

Nul ne peut plus se leurrer; la crise est là pour plusieurs années. Toute crise est malheureuse. En général, elle est payée par les plus pauvres. Mais toute crise est aussi une opportunité de voir les défauts d’un système.

L’histoire du monde nous apprend également qu’il faut une crise pour déclencher les réformes. Quelles réformes avons-nous besoin en Europe et dans le monde ? Quelles sont les préconisations pour sortir de la crise ? Comment doit fonctionner une économique ? On assiste au retour de l’intervention de l’Etat, le libéralisme a-t’il eu tort ?

Les théoriciens de l’ultra libéralisme – en autres chantres de l’ultra libéralisme : Alan Greenspan avec sa thèse de “l’exubérance irrationnnelle” (voir Alan Greenspan ou le pragmatisme éclairé de Michel Aglietta : http://www.airn.infro/resume.php?ID_ARTICLE=LECO_029_007) (pour Aglietta, les crises financières sont endogènes; il faut prévoir une stabilité dans le temps par des politiques contra-cycliques), Friedrich Hayek ” La route de la servitude” (PUF), et enfin John Kenneth Galbraith, économiste iconoclaste, qui a consacré en 1990, un livre aux bulles spéculatives qui scandent l’histoire du capitalisme (1) (lire aussi “La crise économique de 1929“) – ont scandés le marché dérégulé par la recherche de la maximisation du profit à court terme. Cette maximisation du profit s’est faite au détriment des plus pauvres (l’Afrique etc.) et dans cette vision opportuniste et dérégulée les codes éthiques ont été totalement oubliés. Tel est le cas du marché des “subprimes”.

Or, pour Adam Smith, il y a 3 mains invisibles : 1°) la main invisible du marché ; 2°) la main invisible de la justice et de l’état ; 3°) la main invisible de la solidarité.

Quels sont les scénarios de sortie de crise ? Il n’y a pas de recette miracle. Les conséquences de la crise actuelle seront multiples : des conséquences sur les économies réelles, une montée du chômage, une récession profonde.

Au niveau international, une refonte du FMI s’impose :

Le nouveau “Bretton Woods” a accouché d’une souris. Or, si la crise est née dans la sphère non régulée, il faut réguler la sphère financière. Et c’était bien l’objectif que s’était donné le G20 du 20 novembre 2008 qui préconise notamment de réguler les centres “offshore”, de réguler les fonds spéculatifs, de surveiller les agences de notation. Face à des politiques pro-cycliques (celles là même qui ont contribués à gonfler la crise), il faut des politiques interventionnistes (contra-cycliques) qui mettent en place des règles et une institution centrale susceptible d’édicter ces règles.

En d’autres termes, il faut un gendarme dans le village planétaire.

Or l’actuel FMI, hérité du Bretton Woods de l’après guerre, est dépassé. Il faut revoir le statut du FMI avec des politiques économiques à long terme, des préoccupations de lutte contre la pauvreté mais aussi relever les défis sociaux.

Un premier pas international, selon l’avis de Michel Camdessus (ancien directeur général du Fonds Monétaire International), est de réviser le Fonds Monétaire International, de mettre en place un système pour réguler, ensemble, (les pays émergeants sont insuffisamment représentés au FMI ) les problèmes du monde avec les Etats-Unis, la Chine, l’Europe etc… C’est donc une ouverture vers le multilatéralisme. L’option d’Obama est d’ailleurs multilatérale.

Les Etats-Unis vont-ils accepter de perdre des prérogatives ? Est-ce le retour de la Politique avec un grand “P”, avec une vision du monde plutôt qu’une vision des experts ?

Une grande partie de la crise provient de la perte de confiance. La crise se terminera quand la confiance reviendra ! Et tout le problème est de rétablir cette confiance.

Relancer l’économie par des investissements dans les énergies renouvelables et des industries non polluantes est certes préférable à la relance par la consommation (p.ex. le cas de l’Angleterre) qui ne peut être qu’un feu de paille sans lendemain. Pour autant, ces réponses sont-elles suffisantes ?

Au niveau européen, la réponse européenne pose un défi systémique :

Quels sont les atouts dont dispose l’Europe pour sortir de cette crise ?

Dans la perspective des prochaines élections européennes, le Think tank “Notre Europe” (www.notre-europe.eu) appelle les familles politiques à désigner des candidats au poste de président de la Commission Européenne.

Voici le texte intégral de cet appel lancé par les personnalités qui composent le comité d’orientation de “Notre Europe” (2) :

La crise dans laquelle l’économie mondiale est précipitée est la plus grave que l’Europe ait connue depuis la deuxième guerre mondaile. Il est impossible de prévoir, à ce stade, l’issue et la durée du c hangement profond qui se déroule sous nos yeux. L’Europe n’est pas à l’abri de la tempête: elle en sortira renforcée ou, au contraire, sérieureusement minée par des conflits internes. Comme dans bien des cas, la difficulté constitue autant une opportunité qu’une menace.

Face à cette crise, les atouts dont l’Union dispose sont nombreux. La remarquable croissance du bien-être dans tous les Etats qui se sont joints au projet d’union provient d’un grand marché intérieur, fondé – selon la formule de J. Delors – sur “la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit”. Sa conception équilibrée des rôles respectifs joués par les marchés et les pouvoirs publics est renforcée par un modèle social qui pemettra d’atténuer les conséquences d’un ralentissement de la croissance. Au sein de la zone euro, la monnaie unique constitue un rampart solide face au désordre financier.

Malgré ces atouts, si la réponse politique à un défi systémique n’est pas elle-même systémique, les chances pour qu’elle soit efficace sont minces. L’union – et non les Etats membres en ordre dispersé ou au mieux vaguement coordonné -doit dévopper un ensemble d’actions pour faire face à la crise. Le temps est propice pour relancer la propositiion, contenue dans le livre blanc de 1993 pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, d’un “eurobond” destiné à financer de larges projets d’infrastructure d’intérêt commun européen. La crise doit pousser l’Europe à compléter l’édifice de l’Union économique et monétaire avec le renforcement de son volet économique.

La continuité et la cohérence de l’action de l’Union doivent être assurées par la Commission européenne, l’institution qui a pour mission l’intérêt européen. De sa capacité d’initiative et de préservation de l’esprit communautaire dépend le bon fonctionnement du triangle institutionnel qu’elle constitue avec le Conseil des Ministres et le Parlement européen.

L’élection du nouveau Parlement en juin 2009 sera l’occasion d’asseoir la légitimité du leadership de la nouvelle Commission. Dans ce contexte, le moment est venu de donner enfin corps à l’idée, avancée par le Comité de “Notre Europe” dès 1998, que chaque famille politique européenne présente, pendant la campagne, un candidat pour le poste de Président de la Commission, qui serait amené à se présenter aux électeurs et à débattre avec ses concurrents. Les citoyens doivent avoir le sentiment d’avoir devant eux, sur les enjeux européens, des choix politiques clairs et des personnalités qui les incarnenent. Les élections de juin 2009 sont un rendez-vous qu’il ne faudra pas manquer”.

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(1) Le Monde (Débats) : 20/10/2008 : “Les imbéciles sont tôt ou tard séparés de leur argent“, de John Kenneth Galbraith et (Economie-Entreprises) du 22/10/2008 : “La crise dope les ventes des théoriciens de la pensée économique”

(2) Face à la crise, un besoin d’Eruope, Comité d’orientation de Notre Europe, du 7-8 novembre 2008 – document à télécharger sur le site : www.notre-europe.eu

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