Bruxelles Capitale de l'Europe

Les développements de la crise financière suscitent nombre d’interrogations. Faut-il repenser le système ? Est-ce la fin du capitalisme ? Peut-on réinventer de nouvelles règles de société ; un nouveau modèle de civilisation ?

Jacques Mistral, directeur du département économique à l’Institut français des relations internationales, auteur de “La 3ème révolution américaine, éd. Perrin”, donnent des perspectives communes à la crise actuelle. Les institutions existantes sont dépassées : le FMI est désoeuvré ; les accords de commerce n’aboutissent pas ; il n’existe pas d’institution internationale pour l’environnement etc… Au delà des vicissitudes et des tendances amércaines à l’oeuvre, nous assistons à une renaissance du domaine social (liée à l’inefficacité de l’Etat, à la concentration des richesses aux mains de quelques uns, à l’idée de solidarité etc… Or, les Etats-Unis ont vécus avec une concurrence (une diversité) des régulateurs. D’où l’idée d’une troisième révolution américaine ; la première s’est amorcée dans les années 1930/1932 avec Roosevelt ; la 2ème dans les années 60 avec Nixon, R. Reagan puis Bush père. Actuellement, nous assistons à un réalignement de l’ensemble des forces politiques et à une nouvelle vision du monde. Et peut-être à une 3ème révolution américaine.

Sur la scène internationale, le basculement de l’hégémonie américaine préfigure la recherche d’un nouveau paradigme sur la question du terrain social et du terrain environnemental. Mais, avec la réapparition d’une menace stratégique centrale – la question russo-géorgienne – et les questions économiques réamorcées par la crise financière. La fin de l’hégémonie américaine met un terme à l’idéologie de la dérégulation – démocratie et régulation par le marché – mais, en même temps, la globalisation se fragilise et l’idée d’un retour à l’Etat et à la défense des intérêts nationaux ressurgit.

Pour autant, il ne faut pas assimiler la réalité actuelle à celle des années 1930/1932. Nous sommes loin du mécanisme qui a entrainé les Etats-Unis dans le protectionnisme, la fermeture des frontières et la dévaluation compétitive. Le Bretton Woods privilégie les taux de change fixe pour le commerce extérieur. Or, aujourd’hui, nous ne sommes pas loin de la stagflation ; une création monétaire trop rapide.

Quelle est la bonne façon d’organiser la gouvernance mondiale ? Nous devons saisir le problème de la gouvernance pour réinventer de nouvelles règles de société. Un courant se fait jour : un “co-leadership” avec un engagement actif des Etats-Unis est devenu possible. Cependant, l’Union Européenne a tendance à défendre des intérêts de “boutique” et son identité est assez floue sur la scène internationale.

L’Europe a une fenêtre d’opportunité pour poser la gouvernance mondiale sur un registre économique – or l’Europe manque de patriotisme économique – et mettre à profit un partenariat avec les Etats-Unis.

La géopolitique est de retour et façonnera l’avenir économique du monde. Nous sommes en voie de multipolarisation. La question est de mettre ensemble des acteurs hétérogènes.


IFRI-Bruxelles : conférence-débat du 14 octobre 2008 : “Au lendemain des élections, les Etats-Unis seront-ils prêts pour un nouveau Bretton Woods ?”

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