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La nouvelle Présidence espagnole de l’Union Européenne entame sa nouvelle mission à un moment critique. Le Traité de Lisbonne implique un nouvel équilibre institutionnel à peaufiner. Il implique également une nouvelle administration. Cet ajustement institutionnel a besoin de temps pour lancer la nouvelle machinerie institutionnelle. Il ne faut pas perdre de vue que le Traité de Lisbonne est le résultat d’un compromis et d’un processus d’adaptation de 10 ans. Il ne relève pas d’un processus de théorisation. En quelque sorte, ce processus reflète le système politique européen.
Il y a deux attentes par rapport au Traité de Lisbonne : d’une part, renforcer le besoin d’efficacité et la légitimité de l’UE et, d’autre part, améliorer la vie démocratique de l’Union Européenne et ainsi “l’initiative du citoyen européen”. Le message aux populations est clair ; il s’agit de participer activement à la vie européenne. Tous les acteurs pourront jouer un rôle.
La dimension extérieure du nouveau Traité implique-t’elle un changement historique, un changement supplémentaire ou encore un saut qualitatif ? Une politique étrangère de l’UE avec simultanément une présidence tournante qui approuve et propose le programme politique de l’UE pour les mois à venir donne la force à la machinerie institutionnelle et coordonne les différentes formations au sein du Conseil. Encore s’agit-t’il de parler d’une seule voix !
La Présidence espagnole de l’UE est une présidence de transition souple qui a différents domaines de responsabilité. Le Conseil européen devrait se concentrer sur les questions économiques, essentiellement les stratégies de sortie de crise. Ces stratégies doivent privilégier les dépenses de croissance (innovation, recherche, développement durable…). En outre, il s’agit aussi de lancer la Stratégie 2020 de la Commission Européenne.
Jusqu’à présent, l’UE n’a pas été capable de créer une culture économique commune. Faut-il renforcer la gouvernance de l’Eurozone ? La coordination économique est devenue une obligation qui nécessite une synchronisation entre une stratégie économique et le pacte de stabilité. La discipline ne doit pas se faire uniquement sur les dépenses publiques (cf. les “PIIGS” : Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne). Elle doit aussi s’intéresser à l’endettement privé. Actuellement, la zone Euro traverse une zone de turbulence qui implique une perte de compétitivité et une aggravation de la dette publique des “PIIGS” ; ce qui accroît les divergences entre pays. L’issue de cette crise implique une plus grande intégration politique pour diminuer les écarts.
Ceci renforce l’idée de donner plus de continuité aux travaux du Conseil par une formule de travail en trio des trois prochaines présidences de l’Union Européenne (les présidences espagnole, belge et hongroise) (http://www.tgae.eu “Think Global – Act European” (1).
La Stratégie 2020 de l’Union Européenne est une opportunité d’avoir une stratégie unifiée sur ce que sera la prochaine décennie : une décennie numérique, intelligente et à faible production de carbone. Après Copenhague, la question est de savoir comment l’UE doit poursuivre sa dynamique de négociation. Face aux Etats-Unis et à la Chine notamment, l’Union Européenne doit-elle montrer l’exemple ou jouer un rôle de levier ? Quelle place doit prendre l’enjeu climatique et environnemental ? Faut-il créer des synergies fortes ?
De surcroît, la Stratégie Europe 2020 poursuit cinq grands objectifs : 1. 75% de la population âgée de 20 à 64 ans devrait avoir un emploi ; 2. accroître les investissements dans le domaine de la recherche et du développement pour passer de 1,9 % à 3 % d PIB; 3. Les objectifs dits “20/20/20″ en matière de climat et d’énergie doivent être atteints ; 4. Le taux d’abandon scolaire devrait être ramené au-dessous de la barre des 10 % et au moins 40 % des jeunes générations devraient obtenir un titre ou un diplôme ; 5. Il conviendrait de réduire de 20 millions le nombre de personnes menacées par la pauvreté.
Quelles seront les incidences financières de la Stratégie 2020 ? D’où vient l’argent ? Dans le cadre actuel, il s’agit de mieux utiliser les instruments et ensuite de les lier aux objectifs. Ceci implique de définir d’abord les priorités politiques et ensuite de lier les objectifs aux instruments.
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(1) Présentation du rapport “Think Global – Act European” : “The Contribution of European Think Tanks to the French, Czech and Swedish Trio Presidencies of the European Union“, dirigé par Elivre FABRY (Fondation pour l’Innovation Politique) et Gaëtane Ricard – Nihoul (Notre Europe) – 4 mars 2010.
Nul ne peut plus se leurrer; la crise est là pour plusieurs années. Toute crise est malheureuse. En général, elle est payée par les plus pauvres. Mais toute crise est aussi une opportunité de voir les défauts d’un système.
L’histoire du monde nous apprend également qu’il faut une crise pour déclencher les réformes. Quelles réformes avons-nous besoin en Europe et dans le monde ? Quelles sont les préconisations pour sortir de la crise ? Comment doit fonctionner une économique ? On assiste au retour de l’intervention de l’Etat, le libéralisme a-t’il eu tort ?
Les théoriciens de l’ultra libéralisme – en autres chantres de l’ultra libéralisme : Alan Greenspan avec sa thèse de “l’exubérance irrationnnelle” (voir Alan Greenspan ou le pragmatisme éclairé de Michel Aglietta : http://www.airn.infro/resume.php?ID_ARTICLE=LECO_029_007) (pour Aglietta, les crises financières sont endogènes; il faut prévoir une stabilité dans le temps par des politiques contra-cycliques), Friedrich Hayek ” La route de la servitude” (PUF), et enfin John Kenneth Galbraith, économiste iconoclaste, qui a consacré en 1990, un livre aux bulles spéculatives qui scandent l’histoire du capitalisme (1) (lire aussi “La crise économique de 1929“) – ont scandés le marché dérégulé par la recherche de la maximisation du profit à court terme. Cette maximisation du profit s’est faite au détriment des plus pauvres (l’Afrique etc.) et dans cette vision opportuniste et dérégulée les codes éthiques ont été totalement oubliés. Tel est le cas du marché des ”subprimes”.
Or, pour Adam Smith, il y a 3 mains invisibles : 1°) la main invisible du marché ; 2°) la main invisible de la justice et de l’état ; 3°) la main invisible de la solidarité.
Quels sont les scénarios de sortie de crise ? Il n’y a pas de recette miracle. Les conséquences de la crise actuelle seront multiples : des conséquences sur les économies réelles, une montée du chômage, une récession profonde.
Au niveau international, une refonte du FMI s’impose :
Le nouveau ”Bretton Woods” a accouché d’une souris. Or, si la crise est née dans la sphère non régulée, il faut réguler la sphère financière. Et c’était bien l’objectif que s’était donné le G20 du 20 novembre 2008 qui préconise notamment de réguler les centres “offshore”, de réguler les fonds spéculatifs, de surveiller les agences de notation. Face à des politiques pro-cycliques (celles là même qui ont contribués à gonfler la crise), il faut des politiques interventionnistes (contra-cycliques) qui mettent en place des règles et une institution centrale susceptible d’édicter ces règles.
En d’autres termes, il faut un gendarme dans le village planétaire.
Or l’actuel FMI, hérité du Bretton Woods de l’après guerre, est dépassé. Il faut revoir le statut du FMI avec des politiques économiques à long terme, des préoccupations de lutte contre la pauvreté mais aussi relever les défis sociaux.
Un premier pas international, selon l’avis de Michel Camdessus (ancien directeur général du Fonds Monétaire International), est de réviser le Fonds Monétaire International, de mettre en place un système pour réguler, ensemble, (les pays émergeants sont insuffisamment représentés au FMI ) les problèmes du monde avec les Etats-Unis, la Chine, l’Europe etc… C’est donc une ouverture vers le multilatéralisme. L’option d’Obama est d’ailleurs multilatérale.
Les Etats-Unis vont-ils accepter de perdre des prérogatives ? Est-ce le retour de la Politique avec un grand “P”, avec une vision du monde plutôt qu’une vision des experts ?
Une grande partie de la crise provient de la perte de confiance. La crise se terminera quand la confiance reviendra ! Et tout le problème est de rétablir cette confiance.
Relancer l’économie par des investissements dans les énergies renouvelables et des industries non polluantes est certes préférable à la relance par la consommation (p.ex. le cas de l’Angleterre) qui ne peut être qu’un feu de paille sans lendemain. Pour autant, ces réponses sont-elles suffisantes ?
Au niveau européen, la réponse européenne pose un défi systémique :
Quels sont les atouts dont dispose l’Europe pour sortir de cette crise ?
Dans la perspective des prochaines élections européennes, le Think tank “Notre Europe” (www.notre-europe.eu) appelle les familles politiques à désigner des candidats au poste de président de la Commission Européenne.
Voici le texte intégral de cet appel lancé par les personnalités qui composent le comité d’orientation de “Notre Europe” (2) :
“La crise dans laquelle l’économie mondiale est précipitée est la plus grave que l’Europe ait connue depuis la deuxième guerre mondaile. Il est impossible de prévoir, à ce stade, l’issue et la durée du c hangement profond qui se déroule sous nos yeux. L’Europe n’est pas à l’abri de la tempête: elle en sortira renforcée ou, au contraire, sérieureusement minée par des conflits internes. Comme dans bien des cas, la difficulté constitue autant une opportunité qu’une menace.
Face à cette crise, les atouts dont l’Union dispose sont nombreux. La remarquable croissance du bien-être dans tous les Etats qui se sont joints au projet d’union provient d’un grand marché intérieur, fondé – selon la formule de J. Delors – sur “la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit”. Sa conception équilibrée des rôles respectifs joués par les marchés et les pouvoirs publics est renforcée par un modèle social qui pemettra d’atténuer les conséquences d’un ralentissement de la croissance. Au sein de la zone euro, la monnaie unique constitue un rampart solide face au désordre financier.
Malgré ces atouts, si la réponse politique à un défi systémique n’est pas elle-même systémique, les chances pour qu’elle soit efficace sont minces. L’union – et non les Etats membres en ordre dispersé ou au mieux vaguement coordonné -doit dévopper un ensemble d’actions pour faire face à la crise. Le temps est propice pour relancer la propositiion, contenue dans le livre blanc de 1993 pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, d’un “eurobond” destiné à financer de larges projets d’infrastructure d’intérêt commun européen. La crise doit pousser l’Europe à compléter l’édifice de l’Union économique et monétaire avec le renforcement de son volet économique.
La continuité et la cohérence de l’action de l’Union doivent être assurées par la Commission européenne, l’institution qui a pour mission l’intérêt européen. De sa capacité d’initiative et de préservation de l’esprit communautaire dépend le bon fonctionnement du triangle institutionnel qu’elle constitue avec le Conseil des Ministres et le Parlement européen.
L’élection du nouveau Parlement en juin 2009 sera l’occasion d’asseoir la légitimité du leadership de la nouvelle Commission. Dans ce contexte, le moment est venu de donner enfin corps à l’idée, avancée par le Comité de “Notre Europe” dès 1998, que chaque famille politique européenne présente, pendant la campagne, un candidat pour le poste de Président de la Commission, qui serait amené à se présenter aux électeurs et à débattre avec ses concurrents. Les citoyens doivent avoir le sentiment d’avoir devant eux, sur les enjeux européens, des choix politiques clairs et des personnalités qui les incarnenent. Les élections de juin 2009 sont un rendez-vous qu’il ne faudra pas manquer”.
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(1) Le Monde (Débats) : 20/10/2008 : “Les imbéciles sont tôt ou tard séparés de leur argent“, de John Kenneth Galbraith et (Economie-Entreprises) du 22/10/2008 : “La crise dope les ventes des théoriciens de la pensée économique”
(2) Face à la crise, un besoin d’Eruope, Comité d’orientation de Notre Europe, du 7-8 novembre 2008 – document à télécharger sur le site : www.notre-europe.eu
Les impacts de la globalisation dans l’espace européen sont de plus en plus importants. Comment anticiper le changement et les politiques européennes dans le nouveau monde globalisé ? Cette problématique était au coeur de la réflexion du colloque international organisé récemment à Bruxelles par le “think tank” français Confrontations Europe (www.confrontations.org) (1). Lire à ce propos, “Un nouvel Acte Unique : Pour une mutation du modèle économique et social européen, de Philippe Herzog, n° 77 de Confrontations Europe la Revue (janvier 2007).
Je m’arrêterai, en particulier, sur l’intervention de Michel Aglietta, pour citer sa remarquable analyse sur les impacts de la crise, les déséquilibres financiers et les scénarios de sortie de crise.
La crise financière gigantesque à laquelle nous devons actuellement faire face a mis en pleine lumière la nocivité du modèle fondé sur l’exacerbation de l’endettement pour soutenir les exigences déraisonnables de la valeur actionnariale. Le modèle de capitalisme à valeur actionnariale(la prépondérance du point de vue des actionnaires dans la répartition des richesses) est dominant aux Etats-Unis, inégalement développé en Europe et largement ignoré en Asie (²).
Trois constats s’imposent :
1°) une montée générale de l’endettement privé sur longue période;
2°) la dette du secteur financier a explosé et a entraîné une amplification du levier d’endettement, avec des facteurs de dérive (notamment diminuer le coût de la dette en augmentant les facteurs de risque), pour booster les dividendes des actionnaires. La “gouvernance financière” a réduit les fonds propres et a augmenté les dettes. Or, depuis 30 ans, on constate que le salaire médian n’a pas progressé ; qu’il y a un endettement croissant pour maintenir la croissance et une baisse tendancielle de la fiscalité sur le capital et les revenus. Ce que n’avait pas perçu la stratégie de Lisbonne au cours de ces 10 dernières années, c’est la montée des pays émergeants. Et les pays émergeants ont financé la dette des Etats-Unis à des coûts bas. En outre, l’entrée de la Chine dans l’OMC a créé un excès d’offre structurelle sur le marché du travail.
En d’autres termes, nous sommes passés d’un modèle de vendeurs à un modèle d’acheteursavec des effets déflationnistes.
3°) des facteurs de vulnérabilité aux risques : le modèle de la banque d’investissement amplifie le levier des crédits. La tritisation s’est développée parce que les changements de régime du crédit sont allés jusqu’à transformer le modèle bancaire qui est passé du principe “initier les crédits et porter le risque” au principe “initier et vendre le risque”. Le risque bascule sur les ménages et entraîne une vulnérabilité plus importante.
Quels sont les scénarios possibles ?
1°) Une crise globale de désendettement qui est de longue durée : 3 ou 5 ans si la crise est bien gérée (désendettement du secteur privé);
2°) Au niveau mondial : c ’est la propagation d’une double crise : l. effondrement du taux de change 2. crise bancaire (p.ex. l’Islande).
3°) Les politiques monétaires sont inefficaces contre cette récession puisque le système bancaire est brisé.
Et le danger imminent en 2009 est le risque de glisser vers la déflation. Il faut éviter le “piège japonais”.
Quels sont les scénarios de sortie de crise ?
A) A court terme : Le scénario catastrophe.
Si la récession se nourrit d’elle même et produit de nouvelles dettes (notamment par des faillites des entreprises), il faut substituer la dette publique à la dette privée. L’Etat pilote, avec les pays émergeants et la Chine, une reprise lente par une politique budgétaire expansionniste coordonnée au niveau de l’Europe. Le Pacte de stabilité de la zone Euro doit être dépassé (c’est-à-dire l’actuelle coordination par la règle) pour passer à une coordination par une politique active et partager la contribution entre pays. Il faut une gouvernance économique européenne. Si la dette publique se substitue à la dette privée, il faut contrôler la dette nationale.
Dans un modèle de croissance endogène (ajustement à la Hamilton (1)), les crises financières sont endogènes ; il faut prévoir une stabilité dans le temps par une politique économique macro prudentielle. La Banque Centrale Européenne doit adopter une politique économique contra cyclique (c’est ce que Alan Greenspan appelait le “risk management” : dès l’amorce d’un retournement conjoncturel, une politique agressive est mise en place pour lutter contre le choc récessif.
Or, depuis les années 80, l’Europe a connu une succession de chocs récessifs, et pour diverses raisons, le “risk managment” n’a pas été possible ou non souhaité. Au contraire, les pays européens ont joués sur les mécanismes cachés de dévaluation compétitive pour mener une concurrence fiscale qui exerce une force destructrice sur les modèles sociaux et la démocratie.
B. A moyen terme : Le scénario optimiste
La croissance occidentale va ralentir durablement. La dette publique devient un facteur permanent. Les écarts de croissance entre les pays occidentaux et les pays émergeants vont s’accentuer.
Un régime de croissance viable implique la transformation du capitalisme financier. Il faut une nouvelle architecture financièrepour protéger tous les processus de transferts de crédits (normaliser la tritisation, éliminer les produits qui servent à faire des commissions, introduire des mécanismes de compensation etc.), une gouvernance(pour surveiller le mécanisme de contrôle des prix des banques qui ne prennent pas en compte les risques dans leurs bonus etc….), et donner une guidance à l’industrie.
Dans ce scénario, les pays émergeants doivent accueillir des flux de capitaux non spéculatifs. La globalisation s’intensifie mais avec une modification de sa structure liée au rattrapage des pays émergeants.
Tant que l’Union Européenne ne reconnaîtra que le marché unique comme bien public (pour ne citer que quelques autres biens publics : le plein emploi, la stabilité macroéconomique, la maîtrise des inégalités et la suppression des discriminations, la promotion de la connaissance, la protection de l’environnement, l’indépendance énergétique), avec une politique de la concurrence qui tend vers un “mythique état de concurrence pure et parfaite”, la souveraineté économique de l’Europe restera dans les limbes.
A lire :
(1) A la recherche de l’intérêt européen. Un ouvrage collectif dirigé par Philippe Herzog, collection l’Europe après l’Europe, éditions le Manuscrit, 2008 (www.manuscrit.com) ; de Michel Aglietta : “Croissance potentielle, perspective macro-financière et stratégie d’ l’Union”
(²) Désordres dans le capitalisme mondial, de Michel Aglietta et Laurent Berrebi, éd. Odile Jacob (économie), mars 2007; chapitre VI : L’Europe en déshérence.
A lire également :
(3) THINK GLOBAL – ACT EUROPEAN : La contribution de treize think tanks européens au trio des présidences fraçaise, tchèque et suédoise de l’Union européenne sous la direction de Elvire Fabry (Fondation pour l’Innovation politique (www.fondapol.org)) et Gaëte Ricard-Nihoul (NOTRE EUROPE (www.notre-europe.eu))
Les développements de la crise financière suscitent nombre d’interrogations. Faut-il repenser le système ? Est-ce la fin du capitalisme ? Peut-on réinventer de nouvelles règles de société ; un nouveau modèle de civilisation ?
Jacques Mistral, directeur du département économique à l’Institut français des relations internationales, auteur de “La 3ème révolution américaine, éd. Perrin”, donnent des perspectives communes à la crise actuelle. Les institutions existantes sont dépassées : le FMI est désoeuvré ; les accords de commerce n’aboutissent pas ; il n’existe pas d’institution internationale pour l’environnement etc… Au delà des vicissitudes et des tendances amércaines à l’oeuvre, nous assistons à une renaissance du domaine social (liée à l’inefficacité de l’Etat, à la concentration des richesses aux mains de quelques uns, à l’idée de solidarité etc… Or, les Etats-Unis ont vécus avec une concurrence (une diversité) des régulateurs. D’où l’idée d’une troisième révolution américaine ; la première s’est amorcée dans les années 1930/1932 avec Roosevelt ; la 2ème dans les années 60 avec Nixon, R. Reagan puis Bush père. Actuellement, nous assistons à un réalignement de l’ensemble des forces politiques et à une nouvelle vision du monde. Et peut-être à une 3ème révolution américaine.
Sur la scène internationale, le basculement de l’hégémonie américaine préfigure la recherche d’un nouveau paradigme sur la question du terrain social et du terrain environnemental. Mais, avec la réapparition d’une menace stratégique centrale – la question russo-géorgienne – et les questions économiques réamorcées par la crise financière. La fin de l’hégémonie américaine met un terme à l’idéologie de la dérégulation – démocratie et régulation par le marché – mais, en même temps, la globalisation se fragilise et l’idée d’un retour à l’Etat et à la défense des intérêts nationaux ressurgit.
Pour autant, il ne faut pas assimiler la réalité actuelle à celle des années 1930/1932. Nous sommes loin du mécanisme qui a entrainé les Etats-Unis dans le protectionnisme, la fermeture des frontières et la dévaluation compétitive. Le Bretton Woods privilégie les taux de change fixe pour le commerce extérieur. Or, aujourd’hui, nous ne sommes pas loin de la stagflation ; une création monétaire trop rapide.
Quelle est la bonne façon d’organiser la gouvernance mondiale ? Nous devons saisir le problème de la gouvernance pour réinventer de nouvelles règles de société. Un courant se fait jour : un “co-leadership” avec un engagement actif des Etats-Unis est devenu possible. Cependant, l’Union Européenne a tendance à défendre des intérêts de “boutique” et son identité est assez floue sur la scène internationale.
L’Europe a une fenêtre d’opportunité pour poser la gouvernance mondiale sur un registre économique – or l’Europe manque de patriotisme économique – et mettre à profit un partenariat avec les Etats-Unis.
La géopolitique est de retour et façonnera l’avenir économique du monde. Nous sommes en voie de multipolarisation. La question est de mettre ensemble des acteurs hétérogènes.
La crise Géorgienne suscite différentes interrogations : Quelle est la stratégie de la Russie ? Quelle est son ambition globale ? Que doit faire l’Union Européenne ? Quel est le partenariat stratégique à adopter ?
Telles étaient les différentes questions soulevées par Daniel Vernet (Directeur des relations internationales au journal “Le Monde” lors de sa conférence – débat du 2 septembre 2008 à l’IFRI – Bruxelles (Institut français des relations internationales - www.ifri.org). Plusieurs raisons expliquent la crise Géorgienne.
Le contrôle de l’énergie est un élément mais il y a d’autres éléments qui expliquentla crise Géorgienne. La Russie poursuit un objectif normatif qui est de “re”définir l’ordre mondial du système de relations internationales d’aujourd’hui sur d’autres valeurs que celles de l’Occident. La Russie ne veut pas de “l’unilatérisme” américain pas plus qu’elle ne veut du “postmodernisme” de l’Union Européenne (régler les conflits, la question des minorités etc…).
Le nationalisme Russe, de type mafioso-autoritaire, n’est pasun modèle attractif. Le pouvoir de Poutine est un pouvoir autoritaire à l’intérieur et expansionniste-agressif à l”extérieur. Mais un modèle de sortie du système soviétique ne sera pas différent du modèle “Poutine”.
La Russie a pour ambition de définir un autre modèle différent du Marxisme-Léninisme. Et ce modèle pourrait être tentant pour d’anciens pays du tiers monde ; la Chine, l’Amérique Latine. La Chine pourrait-elle être l’alliée de la Russie ? Dans quelle mesure les Chinois pourraient proposer une alternative au modèle libéral de l’Occident?
La Russie souhaite contrôler l’énergie en Asie Centrale. La politique extérieure agressive de la Russie est fondée sur l’état pétrolier pour contrôler l’oléoduc BTC par l’intermédiaire d’un pouvoir Géorgien et empêcher un approvisionnement européen qui échappe à Gazprom, donc à la Russie. Or, l’Europe souhaite diversifier ses sources d’approvisionnement et le marché européen est fondamental pour la la Russie. Et donc une incitation très forte à dépecer l’ancienne Géorgie. La Russie a eu le sentiment d’être humiliée et elle souhaite se venger de l’humiliation.
Quelle est la stratégie de la Russie pour rétablir une zone d’influence contre l’Occident ? La manœuvre de la Russie est de diviser l’Europe et aussi les Etats-Unis : l’ancienne Europe (France, Allemagne, Italie …) et la nouvelle Europe (Pologne, Pays Baltes…). Cette manœuvre de division va-t’elle réussir ? Ou y aura-t’il un durcissement de l’Europe par l’alignement sur la nouvelle Europe ou un plus petit commun dénominateur, une position molle!
La Russie et l’Union Européenne partagent le même territoire. La guerre à la Géorgie est un coup de semonce à limiter la politique européenne de voisinage (PEV); et aux futurs élargissements.
Le partage des zones d’influence est-il possible ? Que doit-faire l’UE avec la Russie et son voisinage ? En finir avec l’ingénuité quant à la nature du pouvoir de Poutine ; éviter de donner des signes d’apaisement ; refuser d’autoriser Moscou à décider du système économico-politique de ces voisins et les aider à réussir un modèle libéral démocratique.
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Actuelles de l’Ifri :
http://www.ifri.org/newsletterArchive/news_ACTUIFRI_59_fr.htlm
- Crise russo-géorgienne : la multivectorialité russe au pinacle, JulienThéron.
- Crise russo-géorgienne : les trois dilemmes des Occidentaux, Julien Théron
Le sentiment dominant des citoyens en France et dans d’autres pays européens est de vivre assez mal les bouleversements induit par le Cheval de Troie de la mondialisation. Ces changements impliquent un basculement du monde et la fin du “Siècle Occidental”.
Un discours défensif sur la protection des citoyens est en porte à faux avec le principe de liberté sur lequel est basé la construction européenne. Le “principe de libre circulation des personnes” est un privilège incroyable donné aux citoyens européens. Ce qu’il faut, c’est une approche plus nuancée, une éducation sur le fonctionnement de l’Europe et l’écurie européenne. Un discours sur l’Europe proche du citoyen sans approche personnelle du simple citoyen est voué l’échec.
Les questions clés se règlent entre le Parlement Européen et le Conseil Européen sans une éducation sur le fonctionnement de l’Europe et l’écurie européenne : – la question du budget (d’où vient l’argent ? A quoi sert-il ? La P.A.C défend-t-elle une nourriture de qualité ?); – la question des frontières (et des tabous dans les débats sur la Turquie, la Roumanie, la Bulgarie). L’Europe s’est construite sur l’abolition des frontières. Mais cela ne signifie pas l’absence de frontières pas plus que des frontières étanches. Il convient de définir un “espace européen”; – la question des nominations du trio présidentiel aux organes européens (Président de la Commission, Président du Conseil, Haut Représentant) devrait attendre les élections européennes en 2009.
Le moment est venu où les européens doivent reprendre l’Europe en main sans pousser jusqu’au nihilisme du non français et irlandais. Quel type d’Europe voulons-nous ? Comment ? Or, l’avenir de l’Europe dépend de la capacité nationale à faire de l’Europe, à créer la transparence et du débat dans les Parlements nationaux. Voulons-nous du Traité de Lisbonne ou est-ce le statu quo sur le Traité de Nice ?
Une Europe proche des citoyens nécessite de débattre ; de soulever les contradictions sur les questions de l’élargissement, du budget etc. A défaut, un scénario de dislocation ou de refondation n’est pas à exclure.
Propos repris de la conférencière Sylvie GOULARD, présidente du Mouvement européen France (mardi 1er juillet 2008 : La France : de retour dans l’Union Européenne?”); auteur des livres : “Il faut cultiver notre jardin Européen” et “L”Europe pour les nuls” etc.
Le 28 mai dernier, l’Union des Fédéralistes Européens (“think tank” basé à Bruxelles) a organisé un séminaire sur les nouveaux défis de la globalisation ? http://www.uef-groupeeurope.eu).
Un constat s’impose à nous, nous sommes entrés de plein pied dans un autre modèle de développement. Les défis à relever sont de deux ordres : 1. l’épuisement des ressources naturelles avec une demande croissante (de pétrole notamment) émanant des pays émergents : Chine, Inde etc… ; 2. réduire les impacts du changement climatique, autrement dit s’adapter.
Ce changement de paradigme implique de mettre en place des stratégies alternatives (p.ex. changer de modèle de transport, fermer les entreprises polluantes et destructives), de gérer les confrontations et de trouver un compromis entres les “normes sociales” et les “normes environnementales”. En d’autres termes de passer d’une stratégie de Lisbonne à une stratégie de développement durable (1).
L’atout de l’Europe est de mettre en place un gouvernement européen capable de :
- d’exercer un “leadership” environnemental ; une diplomatie énergétique et environnementale apte à influencer les choix au niveau mondial,
- de réussir la transition vers une société”post carbone” (2),
- de créer une concurrence loyale, libre et non faussée,
- d’aller au-delà du PIB pour mettre en place d’autres sources de taxation pour amortir les choix systémiques : taxer la pollution, détaxer le travail, créer des “socio-taxes” sur les productions destructives.
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(1) le Bilan social de l’Union européenne 2007, sous la direction de Chirstophe Degryse et Philippe Pochet, 9ème rapport annuel, éd. Observatoire social Européen (www.ose.be),
(2) Towards a Post-Carbon Society : European Research on Economic Incentives and Social Behaviour, Conference Proceedings, Brussels, 24 October 2007 http://ec.europa.eu/research/social-scie…).
Une action immédiate de l’ensemble de l’UE est nécessaire pour stopper le changement climatique et protéger les générations futures, ont convenu les participants à la 2ème Agora citoyenne organisée par le Parlement européen les 12 et 13 juin. Près de 500 représentants de la société civile réunis avec les députés, des décideurs européens et des experts internationaux ont notamment recommandé que l’UE s’engage à réduire de 30 % ses émissions de CO2 d’ici 2002 par rapport aux niveaux de 1980.
Lire la suite : Communiqué de presse http://europarl.europa.eu/news/expert/infopress_page/002-310…
1. Bruxelles, district européen ?
Avec les élargissements, l’implantation de nouvelles institutions européennes et internationales, la tenue semestrielle des sommets européens décidée par le Traité de Nice, Bruxelles a vu affluer un nombre important, et cela en relativement peu de temps, de classes privilégiées et d’entreprises : diplomates, lobbyistes, “think tank” européen, ressortissants européens et enfin fonctionnaires, contractuels et autres stagiaires européens. Cette population dispose de revenus moyens et de qualifications supérieurs aux moyennes standard bruxelloises pour acquérir un logement, accéder aux biens locatifs de qualité et aux emplois très qualifiés. Ville multicurelle, cosmopolite et ouverte ; Bruxelles est également une ville multilingue (on y parle plus de 70 langues).
Dotée d’un rayonnement international, Bruxelles est devenue un carrefour politico diplomatique incontournable et l’un des trois centres de décision au niveau mondial. Pour autant, Bruxelles a-t’elle la vocation de devenir la “capitale de l’Europe ?” Rien n’est moins sur. De fait, aucun des traités de l’Union Européenne n’institue Bruxelles comme siège principal des institutions européennes. Bruxelles est un siège provisoire au même titre que Strasbourg et Luxembourg.
Les impacts socio-économiques de l’européanisation continue de la région Bruxelloise se situent à trois niveaux : primo des retombées favorables au niveau de l’économie urbaine avec une grande densité de population et d’entreprises sur un territoire restreint aux 19 communes (1/3 des entreprises étrangères implantées en Belgique se retrouve à Bruxelles ce qui représente 38 % de l’emploi et 41 % de la valeur ajoutée créée par les entreprises étrangères) ; secundo une hausse généralisée du prix des services et des biens notamment une hausse importante des loyers et du prix des biens immobiliers (qui se conjugue avec une crise du logement social pour les moins nantis et certaines populations paupérisées abondamment surexploitées dans des réseaux d’économie souterraine) ; et enfin tertio des conséquences sociales et environnementales : une saturation du trafic urbain, une pollution de l’air élevée, une hausse de la criminalité, une paupérisation des personnes âgées et des personnes issues de l’immigation etc.
2. Evolutions sociodémographiques et économiques
La présence des fonctionnaires européens a t’elle eu des effets inflationnistes sur les prix ? Ces dernières années, l’explosion généralisée des prix dans le marché immobilier bruxellois et sur le coût de la vie, a contribué à marginaliser les classes moyennes inférieures, acculées à la location. S’ensuit une fuite lente et irréversible des classes moyennes et populaires vers d’autres villes de province (notamment les villes de Charleroi et la Province du Hainaut).
Cette fuite se couple avec celle déjà entamée dans les années 80 de la population bruxelloise aisée vers les banlieues vertes et aérées de la périphérie. Or, cette population aisée génère des flux économiques dont les impôts sur les revenus échappent aux communes bruxelloises qui voient ainsi la richesse créée s’évader à la périphérie. Ce solde migratoire négatif est compensé par l’arrivée d’une population étrangère aisée, d’une population venue de pays pauvres et d’une population mobile de jeunes adultes. La population d’origine étrangère avoisine les 46,3 % alors que celle des fonctionnaires européens et assimilés ne représentent que 4,3 % de la population totale.
La paupérisation strictement économique, au sens du revenu des ménages des classes moyennes et populaires se manifeste, d’une part par un taux endémique de chômage structurel particulièrement élevé à Bruxelles (19,8 % en 2007) ; l’un des plus haut d’Europe occidentale), et d’autre part, par un frein, via les mécanismes d’indexation, sur l’évolution des salaires des travailleurs. Ce taux de chômage frappe non seulement une partie des classes moyennes, notamment les moins instruites, mais le marché du travail continue d’exclure presque systématiquement les classes restées pauvres (les populations d’origine immigrée qui représentent dans la région bruxelloise une personne sur deux). Une récente étude de l’Université d’Anvers, indique que 28 % de la population bruxelloise, soit près d’un habitant sur trois, est confronté à la pauvreté. Chômage de longue durée, faibles qualifications sur un marché du travail flexible, précarisation grandissante des personnes âgées, des isolés, des migrants, endettement, dépenses de santé plus élevées dans la capitale sont les problèmes nombreux et complexes rencontrés en Région bruxelloise. Et, il convient de ne pas négliger un taux de suicide particulièrement élevé en Belgique (après la Finlande, la Belgique accuse un taux de décès par suicide le plus élevé d’Europe Occidentale (24 % pour 100.000 habitants)).
La ville multiculturelle se polarise socialement par zone et communautés et se développe en forme de cercles concentriques d’économie de services et d’emplois qualifiés. Les plus aisés et les européens habitent dans les cinq communes à l’Est et au Sud de Bruxelles là ou la qualité des logements et de la vie répond à leurs attentes. Tandis que la population défavorisée et immigrée, qui pourrait accéder aux logements sociaux, se situe dans les zones Nord/Ouest. En même temps, des populations aisées réinvestissent progressivement les quartiers centraux de la ville (1)
3. Crise du logement : Droit de la Propriété versus droit fondamentaux ?
La présence européenne a mauvaise presse à Bruxelles tout d’abord auprès des bruxellois eux-mêmes qui profitent peu de la manne européenne mais surtout elle est un prétexte aisé pour soumettre les prix de l’immobilier aux Lois Implacables du Libre Marché. En Belgique - un des pays les plus libéraux qui soit en matière de marché immobilier et foncier notamment - l’absence de contrôle a montré à suffisance que ni les programmes publics ni le marché immobilier privé ne sont capables de créer une offre suffisante de logements décents à prix abordable. Peu d’efforts publics sont consentis aux investissements dans le logement résidentiel et social. Entre 1976 et 1997, le coût du logement a augmenté de 95 %, tandis que le revenu disponible des ménages n’a évolué que de 6 %. Aujourd’hui la moitié des ménages belges dépensent plus de 40 % de leur budget pour le logement. Dans les ménages les plus pauvres, ce budget atteind 60 %, les obligeant ainsi à renoncer à des biens de première nécessité tel l’éducation ou la santé pour garder un toit au-dessus de leur tête. Et comble de l’ironie, on a pu récemment estimer que la Région bruxelloise compte au moins 30.000 logements vides alors que plus de 20.000 ménages sont en attente d’un logement social.
Une évidence s’impose, divers acteurs locaux sont proactifs pour tirer à la hausse les prix de l’immobilier tant à l’achat que dans le marché locatif (investisseurs étrangers, promoteurs immobiliers, agences immobilières, particuliers et même les nouveaux résidents “aisés” européens). La présence de ressortissants européens au fort pouvoir d’achat, pour qui le coût de l’immobilier dans la capitale belge est abordable comparativement aux autres capitales européennes, crée une forte pression sur l’immobilier de bureau et sur l’habitat. Or, en toute chose il faut garder raison, car le salaire moyen du travailleur belge (en Belgique, la fiscalité sur le salaire est la plus lourde d’Europe) est loin d’être comparable aux niveaux de revenus pratiqués dans d’autres capitales européennes. De surcroît, le contrôle des prix dans le marché locatif n’existe pas, pas plus qu’il n’existe de règles strictes, ni l’application de sanctions administratives et pénales, pourtant prévues par la Loi, qui protégeraient les locataires de pratiques particulièrement abusives : harcèlement immobilier, discriminations multiples, violation de la vie privée et du domicile privé, obstruction à la justice voire parodie de justice ou lenteur anormale des procédures judiciaires et enfin florilège d’arnaques en tout genre qui tendent à répercuter la majorité des frais sur le dos d’éventuels “pigeons”.
On est donc loin de ce qui se pratique aux Etats-Unis, au Canada ou encore aux Pays-Bas ; pays qui ont adoptés diverses mesures visant à geler les loyers ou à établir des grilles qualitatives en comparant des critères objectifs pour la fixation des loyers ou encore d’adopter, tel la France récemment, une loi du droit au logement opposable. En 2006, les opportunités de trouver un bon logement à un prix raisonnable à Bruxelles se situent à 25 % contre 78 % à Leipzig et 3 % à Paris (Annuaire régional d’Eurostat, 2007).
Le puissant lobby du Syndicat des Propriétaires belges, relayé par un vaste réseau de corporations ultra-libérales et sectaires (avocats, notaires, experts immobiliers, nombres de magistrats, etc….), a pour unique objectif de consacrer le principe constitutionnel du droit de la propriété et de l’économique sans aucun égard au respect des droits fondamentaux dévolus aux citoyens de l’Union Européenne. C’est d’ailleurs eu égard au retard des procédures judiciaires, en particulier à Bruxelles, que la belgique a été condamnée à diverses reprises par la Cour européenne des droits de l’homme.
4. Vers une irréprescible logique anti-démocratique
Les constats sont alarmants. En Belgique, il est devenu particulièrement impossible de se loger sans se faire rançonner et bon nombre de locataires aisés, résidant à Bruxelles notamment, n’échappent pas à cette règle. Le système administratif et judiciaire, particulièrement laxiste, à l’égard des bailleurs défaillants, contribue à renforcer et à encourager, les techniques de racket et de harcèlement au risque de compromettre la santé et la vie des occupants.
Un autre fait est certain, si les 3/4 des ménages belges sont propriétaires d’un logement, une majorité de ménages s’est endettée pour acquérir un premier logement, souvent de seconde main, avec un revenu moyen ne dépassant pas les 2.500/3.000 Euros brut/mois/ménage. Or, le parc immobilier bruxellois et belge en général est l’un des plus vétuste et énergétivore d’Europe. La Belgique occupe d’ailleurs la tête de liste pour l’occupation de logements les moins bien isolés. Il s’ensuit que nombre de petits propriétaires belges disposent de peu de capacité financière pour rénover et entretenir des biens souvent vétuste et malsains. Trop souvent, la rente complète un bas salaire, une maigre pension voire une allocation de chômage.
Dans une ville aussi segmentée que Bruxelles où les ségrégations résidentielle, sociale et ethnique se superposent (Kesteloot, Vandermoten et. al. 2001 ; Jacobs et Swyngedouw, 2000), force est de constater que la dérive vers une zone de non droit est entamée ; “Bruxelles, capitale de l’Europe” est loin de véhiculer les valeurs de l’Union Européenne et les principes consacrés par la Charte Européenne des Droits Fondamentaux institués par le Traité de Lisbonne.
Crise du logement, déliquescence sociétale, justice à deux vitesses : le moteur démocratique belge est grippé. La Région bruxelloise devra relever de nombreux défis pour réussir sa vocation de capitale européenne et replacer le Citoyen au coeur de la Cité.
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(1) Colloque Interuniversitaire et International sur Bruxelles et l’Europe organisé par le Centre d’information, de documentation et de recherche sur Bruxelles (BRIO) (www.briobrussel.be) du 18-19 décembre 2006.